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samedi 8 avril 2017

Histoire militaire de la Fédération de Russie (2° partie)

Armée russe, facteur de puissance et d’influence au sein de la CEI
(rédigé par Olivier Lancelot) 

Introduction

Au terme de l’article précédent (disponible ici !) qui traitait de l’Histoire militaire de la Russie post-soviétique entre 1990 et 1992, l’armée (ex-)soviétique n’a plus de statut officiel – malgré un contrôle de facto russe. Dès lors, il faut statuer sur le devenir de ces forces armées. Suite aux accords de Minsk (8 décembre 1991) et d’Alma-Ata (21 décembre), la récente Communauté des États indépendants (CEI) est chargée de s’occuper de la difficile question du devenir des forces conventionnelles de l’armée ex-soviétique. 

Parallèlement, ces accords mentionnèrent également que l’espace post-soviétique demeurerait un espace stratégique commun aux anciennes républiques soviétiques qui seraient membres de la CEI. C’est dans ce cadre que la Russie était parvenue, le 30 décembre, à un accord avec la Biélorussie, l’Ukraine et le Kazakhstan en vue d’instaurer une commandement unifié – russe - sur l’ensemble des forces stratégiques présentes sur leurs territoires respectifs[1] [2]. Cette mesure avait permis de rassurer la communauté internationale, l’OTAN en tête, qui souhaitait éviter d’assister à la prolifération nucléaire dans l’espace post-soviétique. 

Ainsi, ce second article traitera d’une période allant de la détermination du sort de l’armée ex-soviétique (le 14 février 1992) à la fin du rapatriement de la majorité des anciennes troupes soviétiques stationnées à l’étranger (année 1994). Cette période est caractérisée non seulement par le dépeçage de l’armée ex-soviétique et les implications de l’armée russe à travers la CEI dans les différents conflits sécessionnistes ou ethniques pour maintenir l’influence politique, militaire et sécuritaire de la Fédération de Russie au sein de l’espace post-soviétique mais également par son implication dans les affaires intérieures de la Russie même. 

La tentative de mise en place d’un commandement militaire intégré de la CEI

Drapeau de la Communauté des Etats indépendants (CEI). 
Dès début 1992, il apparaissait déjà que « le projet russe d’intégration politique, économique et militaire de la CEI vis[ait] en fait à former un « étranger proche », sous le contrôle de Moscou[3] », ce qui n’empêcha pas la plupart des anciennes républiques soviétiques d’y adhérer afin de « permettre la gestion en commun des interdépendances héritées de la période soviétique[4] ». 

Déjà insistante sur l’importance du maintien de l’intégralité et de l’unicité de l’armée (ex-)soviétique lorsque l’URSS n’était pas encore définitivement abandonnée, la Russie ne renonça pas à ces projets de maintenir, au moins, un commandement militaire unifié aux forces conventionnelles des membres de la CEI[5] afin de maintenir son influence sur les questions militaires et sécuritaires au sein de l’espace post-soviétique. C’est dans ce contexte que Moscou retarda la constitution de sa propre armée nationale[6]

Néanmoins, cette conception « unioniste », défendue par la Russie et soutenue par les républiques centre-asiatiques de l’ancienne Union soviétique[7], était en opposition avec la volonté d’indépendance militaire de l’Ukraine, leader des volontés nationalistes au sein de la CEI. Ainsi, dès décembre 1991, Kiev avait exprimé sa volonté de constituer une armée nationale, notamment en partageant les navires et infrastructures de la Flotte soviétique de la mer Noire. 

Finalement, l’avenir de l’armée ex-soviétique fut débattu le 14 février 1992[8]. Les débats débutèrent sous les pires auspices pour les tenants d’une conception « unioniste ». L’Ukraine annonça rapidement qu’une armée nationale ukrainienne avait été partiellement constituée dès le 24 août 1991[9], jour de la proclamation de son indépendance transitoire[10]. A la suite de quoi, la Moldavie, l’Azerbaïdjan et la Biélorussie déclarèrent qu’ils poursuivront la constitution de forces armées nationales[11]. Dès lors, il devint impossible de poursuivre la formation « d’armées unifiées placées sous l’égide d’un Haut Commandement de la CEI[12] » malgré la mise en place d’un commandement unifié transitoire, et donc temporaire (jusqu’au 15 juin 1993[13]). 

Emblème des Forces armées russes. Source : Wikipedia.
C’est ainsi qu’implosa l’armée ex-soviétique en armées nationales post-soviétiques au gré des décrets des présidents des Républiques de placer les troupes ex-soviétiques présentes sur le sol sous leur autorité. Dans un tel contexte, n’étant plus soutenu que par les républiques centre-asiatiques[14], le président russe Boris Eltsine se résolut à la situation, institua un ministère de la Défense le 16 mars 1992 et se décida le 7 mai à promulguer un décret plaçant toutes les troupes ex-soviétiques présentes sur le territoire russe sous le commandement du nouveau ministère de la Défense[15]. Les Forces armées de la Fédération de Russie ont vu le jour. 

La CEI comme vecteur de la puissance militaire russe en ex-URSS

Dès le 15 mai, à défaut de maintenir un commandement unifié sur les armées ex-soviétiques, la Russie parvint à promouvoir l’idée d’une défense et d’une sécurité commune au sein de la CEI à l’occasion du Traité de Tashkent (ou Traité de sécurité collective)[16] entre la Russie, les républiques d’Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan et Ouzbékistan) ainsi que l’Arménie, auxquels se joindront l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Biélorussie (1993). 

Poursuivant l’intégration régionale au sein de l’ancienne Union soviétique, le 22 janvier 1993, la Charte de la CEI fut achevée. Elle contenait plusieurs dispositions relevant du domaine militaire et sécuritaire. Ainsi, l’article 11 mentionne que « les États membres mènent « une politique concertée dans le domaine de la sécurité internationale, du désarmement et du contrôle des armements, de l’édification des Forces armées, et maintiennent la sécurité au sein de la Communauté, notamment à l’aide de groupes d’observateurs militaires et de forces collectives de maintien de la paix[17] ». Néanmoins, il ne fallut pas attendre la Charte pour voir le déploiement de forces de maintien de la Paix par la CEI. 
En effet, devant l’urgence du risque imminent de déstabilisation régionale, l’année 1992 avait déjà vu l’envoi de deux forces de maintien de la Paix de la CEI en Géorgie et en Moldavie. La JPKF fut déployée le 1° juillet pour apaiser le conflit sécessionniste opposant la Géorgie à l’Ossétie du Sud[18] tandis que la PKF fut, elle, déployée le 29 juillet afin d’apaiser un autre conflit sécessionniste opposant la Moldavie à la Transnistrie, majoritairement russe[19].

Moldavie et Transnistrie. Source : Wikipedia.
A partir de 1993, la Charte ayant déterminé un cadre légal pour ces opérations de Paix, deux autres forces de maintien de la Paix de la CEI seront encore envoyées. Une force collective a été déployée le 24 septembre dans le but de redresser le Tadjikistan, déstabilisé par des rebelles islamistes venant de l’Afghanistan voisin[20], alors que la CISPKF le sera le 14 mai 1994 pour remplacer les troupes russes d’interposition (déployées suite au cessez-le-feu de juillet 1993) et apaiser le conflit sécessionniste opposant l’Abkhazie à la Géorgie[21]

Ces forces de maintien de la Paix de la CEI se trouvaient de facto sous le contrôle russe, le commandement militaire et une composante importante des effectifs et du matériel étant russes. De la sorte, la Russie trouva un moyen de maintenir son influence dans les domaines militaires et sécuritaires au sein de son « Étranger proche » malgré la disparition de l’Union soviétique. 

Conclusion

A l’aube de l’année 1994, alors qu’elle est en pleine politique d’ouverture et de rapprochement avec l’Occident, la Russie arrivait progressivement au terme du rapatriement de ses forces stationnées en Europe centrale et orientale. Dès lors, la Russie ne maintint plus qu’une présence militaire minimale à l'étranger, notamment en Syrie, à Cuba et au Viêtnam. A l’opposé, Moscou sut maintenir une influence indéniable sur les questions militaires et sécuritaires au sein de l’ancienne Union soviétique. En effet, l’armée russe put notamment intervenir sous le couvert de mandat de la CEI en Géorgie (Abkhazie et Ossétie du Sud), en Moldavie (Transnistrie) et au Tadjikistan tout en conservant une présence militaire à travers l’ensemble de la région. Il est également intéressant de constater que les tensions s'exacerbent de manière dangereuse entre Moscou et la Tchétchénie, en sécession ouverte depuis 1991-1992, suite au refus de ratifier le traité constitutif de la Fédération de Russie[22] [23].

En outre, si l’armée russe reste puissante à travers les pays membres de la CEI, elle dispose, comme pour l’ancienne armée soviétique, d’un réel pouvoir dans le système politique de la Fédération de Russie. Alors que l’armée soviétique était déjà intervenue en août 1991 en faveur du Président russe Boris Eltsine face aux putsch manqué des éléments les plus conservateurs du Parti communiste de l’Union soviétique, son héritière directe – l’armée russe - s’impliqua « à nouveau » dans les affaires intérieures de la Russie lors de la crise politique et constitutionnelle de 1993 qui opposa le président russe au Soviet Suprême de Russie (Parlement russe)[24]. Le système politique russe fut alors éliminé de ses derniers éléments communistes. 

Notes et références en bas de page :
[1] « 3-30 Décembre 1991 URSS », Universalis, [en ligne], s.d., [http://www.universalis.fr/evenement/3-30-decembre-1991-disparition-de-l-et-demission-de-mikhail-gorbatchev-apres-la-creation-de-la-c-e-i/], (consulté le 19/02/2017). 
[2] YAKEMTCHOUK Romain, « La Communauté des États indépendants : CEI », Annuaire français de droit international, 1995, vol.41, n°1, p248. 
[3] MONGRENIER Jean-Sylvestre. Stratégie et géopolitiques russes des hydrocarbures : Un défi pour l’Europe, Louvain-la-Neuve : Presses Universitaires de Louvain, 2013, p83. 
[4] Ibidem. 
[5] YAKEMTCHOUK Romain, op.cit., p248. 
[6] Idem, p253. 
[7] Id., pp253-254. 
[8] Id., p253. 
[9] Ibidem. 
[10] Proclamation d’indépendance confirmée par référendum le 1°décembre et entrée en vigueur le 5 décembre. 
[11] YAKEMTCHOUK Romain, op.cit., p253. 
[12] Ibid. 
[13] Idem, p254. 
[14] Ibidem. 
[15] Idem, p253. 
[16] QORABOYEV Ikboljon, « Fiche d’information de l’organisation : OTSC », Réseau de recherche sur les opérations de paix, [en ligne], 2010, [http://www.operationspaix.net/13-fiche-d-information-de-l-organisation-otsc.html], (consulté le 08/04/17). 
[17] Id., p255. 
[18] « JPKF », Réseau de recherche sur les opérations de paix, [en ligne], s.d., [http://www.operationspaix.net/69-operation-jpkf.html], (consulté le 05/03/17). 
[19] « PKF », Réseau de recherche sur les opérations de paix, [en ligne], s.d., [http://www.operationspaix.net/136-operation-pkf.html], (consulté le 05/03/17). 
[20] « Force collective de maintien de la paix de la CEI au Tadjikistan (1993-2000) », Réseau de recherche sur les opérations de paix, [en ligne], s.d., [http://www.operationspaix.net/43-operation-force-collective-de-maintien-de-la-paix-de-la-cei-au-tadjikistan-1993-2000-.html], (consulté le 05/03/17). 
[21] « CISPKF », Réseau de recherche sur les opérations de paix, [en ligne], s.d., [http://www.operationspaix.net/15-operation-cispkf.html], (consulté le 05/03/17). 
[22] KHERAD Rahim, « L'ONU face aux conflits du Timor-Oriental et de la Tchétchénie », in Madjid Benchikh (dir.), Les Organisations Internationales et les conflits armés, Paris : L'Harmattan, 2001, p. 240. 
[23] « Le traité fédéral russe de 1992 », Dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale, [en ligne],1994, [http://base.d-p-h.info/fr/fiches/premierdph/fiche-premierdph-2060.html], (consulté le 08/04/17). 
[24] « La Russie de Boris Eltsine », Radio Canada, [en ligne], s.d., [https://ici.radio-canada.ca/nouvelles/dossiers/tetes/eltsine/07.html], (consulté le 08/04/17).

dimanche 19 février 2017

[Updated] Histoire militaire de la Fédération de Russie (1° partie)

Les derniers jours de l’armée soviétique

(rédigé par Olivier Lancelot, mis à jour et republié le 11 mars 2017)

Introduction

Dans un article précédent qui abordait la géopolitique russe (disponible ici !), la conclusion mentionnait que la Fédération de Russie, dans sa quête de puissance, avait entrepris un vaste et ambitieux programme de modernisation de son appareil militaire. L’objectif de cette politique est de restaurer la parité technologique et stratégique entre la Russie et les États-Unis. Ainsi, ce programme de modernisation des Forces armées de Russie prend acte les nouveaux standards en termes de matériels et d’équipements militaires. Mais le programme s’inspire également des nouvelles doctrines adoptées par l’armée russe. Ces doctrines tirent leurs sources dans les nouveaux types de conflits auxquels pourraient faire face la Russie.

Héritière de l’Union soviétique, il s’agira donc de se concentrer d’abord sur l’Histoire militaire de la Russie post-soviétique. Ce premier article traitera de la première phase de l’Histoire militaire russe contemporaine, à savoir les derniers jours d’une armée soviétique qui de facto coïncidait alors avec une armée russe, encore inexistante. Cette courte période, riche en bouleversements géopolitiques, s’étendra de la proclamation de la souveraineté nationale de la République socialiste fédérative soviétique de Russie (RSFSR) (29 mai 1990) jusqu’à l’accord quadrilatéral concernant la mise en place d’un commandement militaire unifié, sous contrôle russe, sur l’ancien arsenal nucléaire soviétique (30 décembre 1991).

Une armée soviétique majoritairement russe

En 1990, malgré l’évacuation des troupes d’Afghanistan (1989) et le début du rapatriement des troupes stationnées en Europe centrale et orientale, l’armée soviétique restait puissante et assurait toujours la défense du territoire de l’Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS). Il n’est alors pas encore question de doter ou non la RSFSR d’une armée propre, la Défense étant efficacement assurée par l’armée soviétique, dont le poids politique en Russie était important. En effet, « les principaux responsables politiques du pouvoir central, de l’armée et de certaines républiques [de l’Union soviétique] manifestent leur volonté de maintenir le principe d’une armée soviétique unique ou, à la rigueur, unifiée[1] ».

Soldat soviétique. Source : Wikipedia.
Mais la situation devint rapidement incontrôlable suite à l’échec d’un putsch à Moscou des éléments les plus conservateurs du Parti communiste de l’URSS (19-21 août 1991). Dès lors, l’événement ayant achevé de détruire la confiance des républiques soviétiques fédérées envers le Parti-État, le président de l’Union soviétique Mikhaïl Gorbatchev n’eut plus aucun pouvoir[2] hors des murs du Kremlin[3], centre du pouvoir soviétique. Ne reconnaissant plus son autorité, l’armée soviétique, dernier organe fédéral fonctionnel, se confondit de plus en plus avec une armée russe, encore inexistante[4]. Concrètement, à l’occasion du putsch manqué, l’armée soviétique se rallia au président russe Boris Eltsine, dirigeant dont la légitimité faisait le moins de doute au sein de l’Union soviétique.

Forte de la légitimité démocratique de son président et de l’appui que l’armée soviétique apporte à ce dernier, la RSFS de Russie tenta de se poser en « seule et unique[5] » héritière de l’Union soviétique, alors en pleine implosion, notamment dans les domaines politiques, diplomatiques et militaires. Cette tentative ira même jusqu’à la volonté de faire coïncider une URSS réduite à la seule Russie soviétique, ne reconnaissant qu’une autonomie limitée aux autres républiques soviétiques qui formeraient son « nouveau » glacis protecteur.

Dans cette logique, la RSFSR tenta de conserver le contrôle de l’armée soviétique en usant des nombreux arguments en sa faveur, à commencer par le fait que les forces armées soviétiques restèrent principalement russes et nationalistes[6]. Ainsi, « le général Volkogonov [, conseiller du président russe Eltsine,] rappelle-t-il que les trois quarts du personnel de l’armée sont russes, que les principaux sites militaires sont situés sur le territoire de la Russie et que, de ce fait, la Russie a « le droit d’exiger un rôle dominant dans la mise en place des forces armées unifiées et de les influencer[7] »[8] ».

Confirmant ces propos, le colonel Lopatine dira également que « la Russie a un rôle dominant dans les questions de défense. […] Il suffit de dire qu’elle supporte les deux tiers des dépenses militaires, dispose de 80 % des entreprises du complexe militaro-industriel et est le principal fournisseur d’équipement et de ressources pour l’armée. […] L’une des raisons pour lesquelles il n’y a pas de comité [russe pour la défense et la sécurité] est que l’on pense que les intérêts de la Russie seraient représentés par le ministère de la Défense de l’URSS[9] ».

En outre, le général Volkogonov ajoutera même que « la création de forces armées proprement russes serait une erreur politique et économique[10] » du fait de la crainte légitime des autres républiques constitutives de l’URSS de voir la RSFS de Russie renouer avec les principes du panslavisme (qui n’ont jamais réellement disparu) s’érigeant en protecteur des anciennes républiques soviétiques[11].

Vers une armée ex-soviétique unifiée ?

Le maintien d’une future armée ex-soviétique unifiée ne rencontra guère d’enthousiasme si ce n’était auprès des républiques soviétiques d’Asie centrale. L’Ukraine, deuxième République socialiste soviétique (RSS) en importance, devint le moteur des sentiments autonomistes et nationalistes au sein d’une Union soviétique, qui vit désormais ces derniers jours.

Marine ukrainienne. Source : Mer et Marine. 
Dans ce contexte, suite au référendum sur l’indépendance de l’Ukraine du 1° décembre 1991, le président ukrainien Leonid Kravtchouk avait annoncé qu’il prévoyait la constitution d’une armée nationale, et non plus une simple garde nationale comme l’autorisait alors le centre soviétique. Ce discours remis une première fois en question l’idée du maintien d’une armée ex-soviétique unifiée, remettant en cause la suprématie politique incontestée de la Russie au sein l’espace post-soviétique[12] [13]. L’Ukraine devint définitivement indépendante le 5 décembre.

Parallèlement, les accords de Minsk (8 décembre) et d’Alma-Ata (21 décembre) ayant reconnu la disparition de facto de l’Union soviétique au profit d’une confédération d’États plus souple - la Communauté des États indépendants (CEI)[14] [15], celle-ci reçut la mission de s’occuper de la difficile question du devenir de l’armée ex-soviétique.

A droite, code de tir nucléaire. Source Wikipedia.
Reconnue comme l’État continuateur de l’Union soviétique par la communauté internationale (24 décembre)[16], la Russie conservait également son ambition d’être considérée comme la seule héritière de l’Union soviétique sur le plan militaire. C’est dans ce cadre que, le président soviétique démissionnaire Gorbatchev ayant remis le contrôle de l’arsenal nucléaire au président russe Eltsine le 25 décembre, un accord fut conclu le 30 décembre entre les quatre nouvelles puissances nucléaires (Russie, Biélorussie, Ukraine et Kazakhstan) pour instaurer un commandement unifié, sous contrôle russe, sur l’ensemble des forces stratégiques présentes sur le territoire de ces quatre pays[17].

Conclusion

Entre 1990 et 1992, l’armée soviétique vit ses derniers mois. Affaiblie par des années de guerre et des bouleversements (géo)politiques inattendus, elle venait de terminer l’évacuation de ses troupes d’Afghanistan et entamait le rapatriement de celles stationnées en Europe centrale et orientale. Malgré le déclin de l’armée soviétique sur le plan international, elle restait puissante et continuait à assure la défense et la sécurité de l’URSS, jouissant même d’un pouvoir politique important en RSFSR.

Néanmoins, après le putsch manqué d’août 1991, l’Union soviétique entama son irrésistible implosion. C’est à partir de ce moment que la RSFS de Russie commença à œuvrer pour le maintien de l’unité de l’ancienne armée soviétique. Ainsi, dès le 1° janvier 1992, l’Union soviétique ayant disparu, cette armée ex-soviétique, de facto sous contrôle russe, n’eut plus de statut officiel. Bientôt, elle finira par « imploser », formant les différentes armées nationales post-soviétiques.

Pour conclure, malgré cette « implosion » prochaine de l’armée ex-soviétique, la Russie continuera encore à tenter d’unifier le commandement des différentes armées des États membres de la CEI afin de maintenir son influence dans les secteurs militaires et sécuritaires au sein de l’espace post-soviétique. Ainsi, dans le prochain article, il s’agira de s’attarder sur la constitution de l’armée russe et son implication dans la priorité géopolitique donnée à l’ « Étranger proche » de la Fédération de Russie.

Notes et références en bas de page :
[1] ROMER Jean-Christiophe, « Une armée russe : quelle armée ? », Politique étrangère, vol.57, n°1, 1992, p63.
[2] VAN DRIESSCHE Véronique, Gorbatchev, le dernier dirigeant de l’URSS : De la Glasnost à la fin de la guerre froide, s.l. : 50 Minutes, 2015, p25.
[3] ROMER Jean-Christiophe, op.cit., p71.
[4] JOYAUX François, Encyclopédie de l’Europe : géographie, histoire, société, politique, économie, Paris : Seuil, 1993, p235.
[5] BALARD Michel, BERGER Françoise, FERRAGU Gilles, Le XX° siècle (1914-2001), s.l. : History, 2013, p288.
[6] ROMER Jean-Christiophe, op.cit., p69.
[7] Interview du général Volkogonov accordée à Soïouz, n°6, février 1991. « Au lendemain du putsch, Boris Eltsine a effectivement fait son entrée au Conseil de défense. » (Idem, p73.)
[8] Idem., p69.
[9] Id., p70.
[10] Id., p67.
[11] TIRASPOLSKY Anita, « Russie – [URSS] - Russie », Politique étrangère, vol.65, n°3, p763.
[12] ROMER Jean-Christiophe, op.cit., p69.
[13] Crise sur le partage des navires et des infrastructures dépendant de la Flotte soviétique de la Mer Noire.
[14] ROMER Jean-Christiophe, op.cit., p66.
[15] YAKEMTCHOUK Romain, La Communauté des États indépendants, Paris : Annuaire français de droit international, vol.41, n°1, 1995, pp245-280.
[16] HAMANT Hélène, Succession de l’URSS : recueil de documents, Bruxelles : De Boeck, 2010, 362p.
[17] « 3-30 Décembre 1991 URSS », Universalis, [en ligne], s.d., [http://www.universalis.fr/evenement/3-30-decembre-1991-disparition-de-l-et-demission-de-mikhail-gorbatchev-apres-la-creation-de-la-c-e-i/], (consulté le 19/02/2017).

samedi 18 février 2017

Anecdote 1 (18/02/17)

En 2001, suite aux attentats terroristes du 11 septembre, la Russie décida unilatéralement d'évacuer ses dernières bases à Cuba et au Vietnam en guise de geste de bonne volonté en direction des États-Unis. Sept ans plus tard, en 2008, elle a rompu avec l'Occident et attaqué la Géorgie. Outre l'extension de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord en direction de l'Est, cette situation est notamment due aux tensions présentes au sein des élites russes depuis le XIX° siècle entre les tenants de la « voie européenne » (occidentalistes) et les tenants de la « voie russo-slave » (slavophiles et eurasistes)...

Article lié : Crise identitaire des Russes - Entre « slavophiles » et « occidentalistes »

dimanche 22 janvier 2017

Trump et l'OTAN - L'inquiétude des pays d'Europe centrale

(rédigé par Olivier Lancelot)

Introduction

Source : Question suivante.
Ce 20 janvier 2017, Donald Trump est officiellement devenu le nouveau président des États-Unis d’Amérique. Dans son programme, il affiche son intention de mettre l’accent sur le développement national des États-Unis comme le démontre son slogan électoral « America First ! » (« L’Amérique d’abord ! »)[1]. Sa priorité étant les États-Unis, il laisse penser à un retour à une politique extérieure plus isolationniste, un retour à la Doctrine Monroe (« l’Amérique aux Américains ! »).

Mais sa politique extérieure se veut-elle réellement isolationniste ? En réalité, si l’Amérique est la priorité absolue, il ne s’agit pas d’un retour à la Doctrine Monroe[2]. La partie concernant la politique étrangère de son programme préconise un rapprochement avec la Russie et la lutte contre le terrorisme mais il menace également d’un désengagement par rapport à ses alliés, notamment dans le cadre de l’Organisation du Traité de l’Altantique-Nord (OTAN), fermement défendu au sein des différents pays d’Europe centrale.

Membres actuels de l'OTAN. Source : Wikipedia.
Trump se retirera-t-il de l’OTAN, s’en dégagera-t-il ou tentera-t-il de rééquilibrer « l’Alliance atlantique » ? L’article tentera de répondre à cette question. Il commencera par expliquer l’importance de l’OTAN au sein de l’Europe centrale, puis analysera les intentions de Trump, puis tentera d’élaborer un scénario crédible, les Relations internationales n’étant pas une science exacte.

La chute des régimes communistes en Europe centrale

Membres du Pacte de Varsovie. Source : Devoirs de philosophie.
Avant 1989, les différents pays d’Europe centrale, à savoir l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, l’Allemagne de l’Est, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie, se trouvaient au sein du Pacte de Varsovie, dans l’orbite soviétique[3]. Ces pays connurent quasiment tous un passé difficile voire traumatisant par rapport à la Russie au moins à un moment donné de leur Histoire.

Dans ce cadre, on peut noter que, premièrement, la Pologne et les États baltes furent à plusieurs reprises envahis par les Russes et les Soviétiques. Deuxièmement, la Pologne, la Tchécoslovaquie (voire la Hongrie) et la Roumanie furent amputés territorialement au profit de l’Empire russe et de l’Union soviétique. Troisièmement, la Tchécoslovaquie et la Hongrie connurent des interventions militaires soviétiques contre des troubles populaires respectivement en 1948 et 1956.

1955 - 1990 : L'OTAN face au Pacte de Varsovie (Guerre froide). Source : Fréquence Lumière.
A la fin des années 1980, suite à la nouvelle politique de non-ingérence du premier et dernier président de l’Union soviétique Mikhaïl Gorbatchev, les régimes communistes d’Europe centrale se retrouvèrent seuls face à une contestation croissante. En 1989, lorsqu’il devint évident que les troupes soviétiques n’interviendraient plus dans les affaires intérieures des membres du Pacte de Varsovie, un vent irrésistible se mit à balayer les différents régimes communistes de la région, qui disparurent plus ou moins pacifiquement. Fin 1989, le Bloc de l’Est s’était déjà effondré, suivi par l’Union soviétique qui finit, elle-même, par imploser définitivement en décembre 1991.

La réorientation des pays d’Europe centrale en direction de l’Ouest

Source : Nouvelle-Europe.
Si, en vertu des accords sur la réunification allemande, l’Allemagne de l’Est rejoint l’OTAN dès 1990, la présence des anciennes troupes soviétiques en Europe centrale retarda la réorientation de la politique étrangère des pays de la région en direction de l’Ouest. Il fallut attendre l’année 1994 pour que les dernières troupes ex-soviétiques soient retirées d’Europe centrale[4]. Désormais dégagés de tout risque d’ingérence, les PECO (Pays d’Europe centrale et orientale) pouvaient librement se tourner vers l’Occident perçu comme démocratique, libre et prospère.

Ainsi, dès 1999, la République tchèque, la Hongrie et la Pologne rejoignirent l’OTAN, suivis en 2004 par la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie ainsi que, en 2009, par l’Albanie et la Croatie[5]. Cette volonté irrésistible de rejoindre les institutions euro-atlantiques, en particulier l’OTAN et l’Union européenne, vient du fait que l’adhésion à ces institutions est perçue comme un gage d’enracinement de la démocratie et une garantie de sécurité par rapport à la « menace perçue » émanent de la Russie post-soviétique.

Cette composante psycho-historique, née de nombreux traumatismes historiques dans lesquels la Russie joue un rôle clé, explique le fait que, avec le Royaume-Uni, les pays d’Europe centrale sont parmi les plus fervents défenseurs de « l’Alliance atlantique ». Par ailleurs, ces dernières années, face aux tensions croissantes avec la Russie, l’OTAN a accru sa présence militaire[6], notamment en Roumanie, en Pologne et dans les États baltes, afin de « rassurer l'Europe de l'Est, inquiète de la « menace » russe[7] ». L’Organisation est donc toujours un acteur sécuritaire incontournable pour garantir la stabilité et la défense de l’Europe.

Trump, un retrait ou un rééquilibrage au sein de l’OTAN ?

Malgré la fin de la Guerre froide, les partenaires européens apparaissent toujours comme étant parmi les plus fidèles alliés des États-Unis tandis que l’Histoire, depuis 1941, a démontré que la stabilité de l’Europe est primordiale pour les États-Unis[8]. En effet, outre les débouchés commerciaux, les bases que les États-Unis possèdent sur les territoires européens de l’OTAN sont autant d’éléments de puissance et de projection militaire que « Trump ne semble pas prêt à abandonner[9] ».

Suivant cette optique, le nouveau président ne semble pas (plus ?) avoir la volonté de se désinvestir des affaires euro-atlantiques - comme l’indique son discours d’investiture dans lequel il affirme souhaiter renforcer les alliances traditionnelles[10]. Par contre, lorsqu’il menace de le faire, il remet surtout en cause la situation selon laquelle les États-Unis payent beaucoup trop pour garantir la défense de ses alliés à travers le monde, notamment en Europe via l’OTAN. Ainsi, il essaye principalement de faire pression sur les partenaires européens de Washington pour que ceux-ci respectent leurs obligations de contribution financière au budget de l’Organisation (2 % du PIB) .

A titre indicatif, les États-Unis payent actuellement les 2/3 du budget de l’OTAN (3,61 % du PIB) alors que, seuls, quatre États européens respectent leurs engagements financiers à l’égard de « l’Alliance atlantique », soit la Grèce (2,38 %), le Royaume-Uni (2,21 %), l’Estonie (2,16 %) et la Pologne (2 %)[11].

Pour finir, la guerre contre l’État islamique figure en bonne place dans la politique extérieure des États-Unis, laissant présager que l’OTAN aura certainement un rôle à jouer dans cette lutte contre le terrorisme. En effet, Trump ne pourra se passer des bases navales sur la Méditerranée, des bases aériennes d’Europe dans son action contre l’EI.

Conclusion et perspectives

Pour conclure, les États-Unis de Trump ne se désinvestiront pas de l’OTAN et ne s’en retireront encore moins. L’alliance des partenaires européens, les interdépendances économiques, les bases stratégiques sont autant d’atouts qui incitent les Américains à rester présents en Europe et dans l’Organisation.

 Source : Wikipedia.
Néanmoins, si les États-Unis restent dans l’OTAN, des changements sont tout de même à prévoir, même si leurs modalités ne sont pas encore connues. Mais on peut élaborer un scénario sur base de la campagne électorale de Trump. Outre l’augmentation de la contribution financière des partenaires européens au budget de l’Organisation, Trump s’est montré favorable à un nouveau « reset », un redémarrage, un rapprochement avec la Russie de Vladimir Poutine.

Quelles seraient les implications et conséquences sur l’OTAN et les pays d’Europe centrale ? Pour terminer cet article, les lignes suivantes élaboreront un scénario plausible mais à démontrer :

« En vue de détendre la situation de tension croissante entre la Russie et l’Occident, Trump pourrait œuvrer en faveur d’une limitation des interventions américaines et otaniennes au sein de l’espace post-soviétique (Europe orientale, Caucase et Asie centrale), région où l’influence russe est incontournable (voir ci-contre la Communauté des États indépendants[12]), et d’un assouplissement/allègement de la présence des forces de l’OTAN aux portes de l’ancienne Union soviétique. Ainsi, on pourrait imaginer que les forces américaines seraient redéployées de Roumanie, de Pologne et des États baltes vers l’Allemagne ou l’Italie, par exemple.

Cette situation reviendrait, en réalité, à une reconnaissance implicite des sphères d’influence russe et américaine. Néanmoins, elle permettrait également d’atténuer les tensions, les relents de Guerre froide entre la Russie et l’Occident, notamment en stoppant la « course régionale à l’armement » en Europe centrale et orientale.

Pour finir, afin de contre-balancer l’allègement de la présence américaine en Europe centrale, l’Union européenne pourrait insister davantage en faveur de la mise en œuvre toujours plus poussée d’une « Europe de la Défense », qui deviendrait le volet européen du système défensif de l’OTAN… »

L'OTAN et L'Union européenne. En mauve, les membres de l'OTAN et de l'UE ; en orange, les membres de l'OTAN mais pas de l'UE ; en bleu, les membres de l'UE mais pas de l'OTAN. Source : Wikipedia.


Notes et références en bas de page : 
[1] LOWICK Nicolas, « « America First » : Ce qu’il faut retenir du discours d’unvestiture de Donald Trump », La Libre, (en ligne), 20/01/2017, [http://www.lalibre.be/actu/international/america-first-ce-qu-il-faut-retenir-du-discours-d-investiture-de-donald-trump-photos-videos-58824aeacd70ff671dc82009#2], (consulté le 22/01/17).
[2] BOURG Jim, « « L’Amérique d’abord ! » : la politique étrangère selon Donald Trump », RFI, (en ligne), 2016, [http://www.rfi.fr/ameriques/20160427-amerique-politique-etrangere-donald-trump-etats-unis], (consulté le 22/01/17). 
[3] GUERRIER Sophie, « Le pacte de Varsovie est signé le 14 mai 1955 », Le Figaro, (en ligne), 2015, [http://www.lefigaro.fr/histoire/archives/2015/05/13/26010-20150513ARTFIG00316-le-pacte-de-varsovie-est-signe-le-14-mai-1955.php], (consulté le 22/01/17). 
[4] YAKEMTCHOUK Romain, « Bases militaires et stationnement de troupes à l’étranger en temps de paix. Le cas de l’URSS/Russie », Annuaire français de droit international, vol.40, 1994, pp379-418.
 [5] « L’élargissement de l’OTAN : repères chronologiques », Représentation Permanente de la France auprès de l’OTAN, (en ligne), 2013, [http://www.rpfrance-otan.org/l-elargissement-de-l-OTAN-reperes], (consulté le 21/01/17).
[6] « OTAN : exercices militaires et déploiement de force inédit en Pologne », Euronews, (en ligne), 12/01/2017, [http://fr.euronews.com/2017/01/12/otan-exercices-militaires-et-deploiement-de-force-inedit-en-pologne], (consulté le 21/01/17).
[7] SKARZINSKI Janek, « L’OTAN envoie quatre bataillons en Europe de l’Est », France 24, (en ligne), 2014, [http://www.france24.com/fr/20160708-pologne-otan-etats-unis-russie-sommet-deploiement-1000-soldats-poutine], (consulté le 21/01/17).
[8] Ibidem. 
[9] Ibid. 
[10] LOWICK Nicolas, op.cit. 
[11] « State Of the Union : Quelle défense militaire pour l’Europe ? », Euronews, (en ligne), 2016, [http://fr.euronews.com/2016/11/18/state-of-the-union-quelle-defense-militaire-pour-l-europe], (consulté le 15/12/16).
[12] La Communauté des États indépendants (CEI) est une confédération d’États assez lâche ayant succédé à l'Union des républiques socialistes soviétiques en 1991. La CEI (avec l'Organisation du Traité de Sécurité collective et l'Union économique eurasiatique) est un outil important du maintien de la sphère d'influence russe dans l'espace post-soviétique.

samedi 7 janvier 2017

Crise identitaire des Russes - Entre « slavophiles » et « occidentalistes »

(rédigé par Olivier Lancelot, mis à jour le 18 février 2017)

Introduction

Dans un précédent article (disponible ici ! ), Olivier Lancelot expliquait que les invasions turco-mongoles du XIII° siècle avaient engendré un profond bouleversement dont l’impact se mesure encore de nos jours sur les mentalités et la culture en Russie. Sous la domination des Mongols, les principautés russes, désormais isolées des grandes évolutions européennes, stagnèrent pendant deux siècles. Leur développent s’en retrouva arrêté, engendrant un retard croissant par rapport au reste de l’Europe. En conséquence, déconnectés de la civilisation européenne, les Russes se cherchent encore de nos jours. « Sommes-nous Européens ou non ? Devons-nous aller vers l’Occident ou suivre notre propre voie ? »

De 1480 à 1682, les Russes ne se posèrent pas encore ce questionnement identitaire. A l’époque, la Moscovie œuvrait à l’indépendance par rapport au pouvoir mongol de la Horde d’Or, à l’unification des principautés russes au sein de la Russie, qui, ensuite, repoussa le péril tatar vers l’Est et le Sud. L’Europe n’était alors pas un sujet de préoccupation. Ce n’est qu’avec le règne du tsar Pierre I° le Grand (1682-1725) que les choses changèrent.

En 1696, en pleine guerre contre les Tatars de Crimée et leur suzerain, l’Empire (turc) ottoman, Pierre le Grand envoie la « Grande Ambassade » à travers l’Europe dans l’optique de mener des alliances de revers contre les Ottomans. Il profita de l’occasion pour nouer des relations en vue de moderniser l’Empire russe, arriéré. C’est à ce moment que débuta le débat au sein des élites entre les partisans d’un rapprochement avec l’Europe et ceux partisans d’une voie typiquement russe.

Les idées de Tchaadaïev sur l’altération de l’identité russe

Jusque dans la première moitié du XIX° siècle, les souverains de Russie furent, à quelques exceptions près, ouverts à la modernisation et à l’européanisation de l’Empire russe. Néanmoins, considérant que cette européanisation altérait l’esprit national russe, le philosophe russe Piotr Tchaadaïev (1796-1856) proposa que « l’Histoire des Slaves était si pauvre que la Russie, elle-même, n’avait pas d’Histoire, et donc aucun avenir[1] ».

Piotr Tchaadaïev. Source : Wikipedia.
Selon lui, la Russie avait manqué une partie fondamentale de l’évolution européenne, notamment à cause des invasions mongoles du XIII° siècle : « elle est restée une terre primitive, instinctive qui n’a pas su construire une Histoire. Pour cette raison, la Russie est condamnée à demeurer spectatrice de l’Histoire européenne[2] ». Dans sa « Lettre philosophique », publiée en 1836 dans la revue Teleskop, il termina son article par ses lignes :

(Parlant des idées européennes)

« C’est cela, l’atmosphère de l’Occident ; c’est plus que de l’histoire, c’est plus que de la psychologie, c’est la physiologie de l’homme de l’Europe. Qu’avez-vous à mettre à la place de cela chez nous ? »[3]

Russie européenne ou russo-slave ?

Suite à la propagation des idées de Tchaadaïev sur l’altération de l’identité russe par l’importation et l’assimilation de la culture européenne, le débat se structura en deux camps idéologiques au sein des élites russes. Les partisans d’un rapprochement avec l’Europe se regroupèrent au sein des « occidentalistes » tandis que les partisans d’une « voie russo-slave » le firent au sein des « slavophiles »[4].

Ce débat entre les occidentalistes et les slavophiles est, encore de nos jours, un enjeu fondamental sur l’identité russe, notamment sur des questions comme la nature de l’autorité, de la société ou le rapport à l’Europe[5]. Ainsi, la question de l’identité russe détermine la définition des politiques intérieures (politiques, économiques, sociales, culturelles, etc.) et extérieures (diplomatiques et géopolitiques) en fonction du courant qui parvenait à prendre l’avantage au sein des élites russes et/ou à influencer le Tsar de toutes les Russies.

Ainsi, les slavophiles purent prendre l’avantage sous le règne du Tsar Nicolas I° (1825-1855). Ce dernier fut un dirigeant réactionnaire qui était profondément hostile à la France et à ses idées révolutionnaires. Ainsi, influencés par slavophiles, il fut convaincu que, « malgré ses apparences modernes et positives, l’Occident était néfaste, décadent et subversif pour l’État russe[6] ».

Le Tsar Nicolas I°. Source : Wikipedia.
Nicolas I°, la victoire des slavophiles

En 1833, afin de lutter contre l’influence des idées françaises (dont révolutionnaires), Nicolas I° lança une nouvelle doctrine visant à rééduquer la jeunesse russe, la « Narodnost’ ». Ce terme est assez difficile à définir car intraduisible littéralement. Il peut renvoyer à la notion de « peuple », d’ « ethnie », de « nation » ou d’ « esprit ». Ainsi, « « Narodnost’ » correspond à « nationalité », « caractère national », « esprit national », « être national », « génie national », etc.[7] ».

Cette doctrine définissait l’identité russe en trois grandes composantes : « autocratie, orthodoxie et génie national »[8]. Le « slavophilisme » étant devenue doctrine d’État par l’intermédiaire du « Narodnost’ », elle affirmait que la Russie devait utiliser sa propre voie, une voie russo-slave au sein de laquelle l’orthodoxie chrétienne et l’autorité du Tsar de toutes les Russies tinrent une position centrale.

Ce projet alternatif au rapprochement avec l’Europe provenait de l’impression que « la Russie [n’était qu’]un corps étranger et hostile à la culture européenne[9] ». Ainsi, la Russie ne serait pas en retard sur l’Europe vu qu’elle n’est pas européenne mais serait simple tout autre ; elle serait différente de l’Europe et suivrait donc un chemin, un projet différent.

Par opposition, les occidentalistes virent le fossé entre la Russie et l’Europe comme le résultat dû « aux conjonctures politiques ou culturelles et [qui pouvait] être surmonté par des efforts de la part de la Russie[10] ». Face à la voie russo-slave des slavophiles, ils tenteront de promouvoir un rapprochement avec l’Europe afin de « combler le retard et [de] remettre la Russie sur la voie du développement européen[11] ».

Conclusion

La guerre russo-géorgienne de 2008. Source : Le Courrier de Russie.
Pour conclure, il est intéressant de constater que le débat entre la « voie européenne » ou la « voie russo-slave » de la Russie n’est toujours pas achevé et connaît toujours autant de passion, mais en ayant changé de cadre. Actuellement, on ne parle plus de slavophiles mais d’ « eurasistes » sur lesquels il s’agira de revenir dans le prochain article.

La persistance de ce débat sur les orientations fondamentales de la Russie démontre bien qu’il ne s’agit pas que d’un simple débat théorique, philosophique ou identitaire, mais bien d’un déterminant politique et géopolitique. Cette tension entre les deux voies détermineront les mesures prises et les stratégies mises en œuvre par l’État russe.

Ainsi, après l’implosion soviético-communiste, la Fédération de Russie est toujours tiraillé par cette tension existentielle. En 2001, en geste d’amitié envers les États-Unis alors frappés par les attentats du 11 septembre, Vladimir Poutine évacue les dernières bases russes de Cuba et du Vietnam ; mais sept ans plus tard, en 2008, il entre en opposition avec l’Occident et attaque la Géorgie[12]. Voici un exemple bien plus récent de cette tension entre les deux voies au sein des élites russes…


Notes et éférences en bas de page :
[1] SPETSCHINSKY Laetitia, « Partenariat euro-russe : Enjeux et processus », Université catholique de Louvain, Cours (Chaire InBev-Baillet-Latour UE-Russie), 2013-2014, pp33-34.
[2] Ibidem. 
[3] TCHAADAÏEV Piotr, « Lettres philosophiques adressées à une dame (1829-1830), lettre première », Centre de recherches en épistémologie comparée de la linguistique d’Europe centrale et orientale de Lausanne, [en ligne], s.d., [http://www2.unil.ch/slav/ling/index.html], (consulté le 07/01/17).
[4] LEROY-BEAULIEU A., L'Empire des Tsars et les Russes, Paris : R. Laffont, 1990, Livre IV, chapitre 1, pp159-170.
[5] SPETSCHINSKY Laetitia, op.cit., p33.
[6] Ibidem.
[7] LEMAGNEN Catherine, Un élément constitutif de l'identité nationale : le concept de narodnost’ dans la pensée russe du XIX° siècle, essai de position du problème, s.l. : Revue Russe, 2011, vol. 36, n°1, pp11-20.
[8] SPETSCHINSKY Laetitia, op.cit. 
[9] Ibidem. 
[10] Ibid. 
[11] Ibid.
[12] Si, à ce moment là, Dmitri Medvedev était bien le Président de la Fédération de Russie, il avait un pouvoir assez faible en comparaison de celui de son Premier ministre, Vladimir Poutine.

vendredi 23 décembre 2016

Comprendre la géopolitique russe – Entre encerclement et dégagement

(rédigé par Olivier Lancelot) 

Introduction

Dans l’article précédent des Clés de l’Est (disponible ici ! ), Arno Zaglia mettait l’accent sur l’application de la théorie du Rimland aux géopolitiques américaines et russo-soviétiques. Ainsi, il avait pu mettre en évidence que l’Empire russe, l’Union soviétique et la Fédération de Russie correspondent approximativement au Heartland et interviennent de nombreuses fois plus ou moins directement dans le Rimland en vue d’obtenir un accès aux « mers chaudes », libres de glaces en permanence.

Dans cet article, il sera davantage question de mettre l’accent sur une approche plus concrète de la géopolitique russe, en abordant les stratégies géopolitiques mises en œuvre, les fondements psychologiques et la perspective historique.

Avant de commencer, un aspect psychologique eut un impact indélébile sur la culture et la géopolitique russes. Il s’agit du sentiment d’une menace imminente sur les centres vitaux de la Russie. Cet élément puise son essence dans les multiples invasions qu’eurent à subir les territoires russes, parfois jusqu’à Moscou. La première de ces invasions remonte au XIII° siècle et fut un cataclysme qui marqua définitivement la culture, les mentalités et la géopolitique russes.
Empire mongol en 1300, dont Horde d'Or en jaune. Source : Wikipedia.

La constitution d’un glacis protecteur pour éloigner le danger imminent

Au cours du XIII° siècle, les Tartares (ou Turco-Mongols[1]) envahirent et transformèrent la plupart des principautés russes en vassaux de la Horde d’Or « arrêtant ainsi pendant deux siècles le[ur] développement[2] » et les isolant des grandes évolutions en cours dans le reste de l’Europe au profit d’une orientation vers l’Est[3]. Cet événement marqua et continue de marquer les mentalités russes quant à leur identité : « Sommes-nous Européens ou devons-nous suivre notre propre voie ? ». Autant dire que ce questionnement ancestral tiraille énormément le pouvoir russe qui tente un arbitrage fluctuant entre ces deux conceptions.

Suite à ce traumatisme psycho-culturel, dès 1480, Ivan III remis en cause la suzeraineté mongole sur la Moscovie et entama l’unification des principautés russes. En 1533, Ivan IV le Terrible, premier tsar de toutes les Russies, entama une politique expansionniste afin de former un glacis territorial protecteur qui éloignera les menaces, notamment la Pologne, la Suède mais surtout les Khanats tatars, lesquelles sont parfois annexés (Kazan et Astrakhan). Cette politique expansionniste se poursuivra jusqu’en 2014 avec l’annexion de la Crimée.

Source : Wikipedia.
« Ouverte à tous vents aux invasions[4] [5] », la formation d’un glacis territorial protecteur s’avérait vital pour la survie de l’État russe. Cette politique conduisit le Kremlin à rechercher des « frontières naturelles sûres[6] », comme le fleuve Amour, la mer Baltique ainsi que les montagnes du Caucase, des Carpates ou du Tien Shan, par exemple. Ainsi, l’Empire russe, puis l’Union soviétique étaient parvenues à établir leurs frontières sur des barrières naturelles éloignées, ce qui permit la constitution d’un confortable « glacis territorial permettant de maintenir ses centres vitaux à l’abri des diverses menaces[7] ».

Suite à l’implosion soviétique entre 1989 et 1991, la Russie perdit son glacis protecteur et la plupart de ses « frontières naturelles » sûres. En réaction, la Russie mit alors en place un nouveau concept géopolitique : l’ « Étranger proche[8] ». Celui-ci représente un espace géographique incluant les anciennes républiques soviétiques, à l’exception des États baltes déjà pro-Occidentaux.

Cet « Étranger proche » correspondant au Heartland, la Russie y utilisa tous les moyens à sa disposition dans le but d’y maintenir une sphère d’influence, à défaut d’un glacis protecteur. Outre les dépendances économiques, culturelles et politiques, la Russie maintient encore de nos jours une présence militaire dans différents États plus ou moins proches de Moscou (Biélorussie, Arménie, Kazakhstan, Kirghizistan et Tadjikistan) ainsi que dans des régions séparatistes au sein des États souhaitant se rapprocher de l’Organisation du Traité de l’Atlantique-Nord (OTAN). Ainsi, la Russie est également présente militairement en Transnistrie (Moldavie), en Abkhazie, en Ossétie du Sud (Géorgie) et en Crimée (Ukraine).

N’arrangeant pas ce désastre géopolitique et psychologique pour Moscou, les anciens alliés de l’Union soviétique au sein du Pacte de Varsovie (Bloc de l’Est) rejoignirent l’OTAN entre 1990 et 2009. Au sein de l’espace post-soviétique, seuls, les États baltes l’auront alors rejoints en 2004. Néanmoins, en avril 2008, lors du sommet de Bucarest, l’OTAN donna un signal aux anciennes républiques soviétiques en déclarant que l’Ukraine et la Géorgie avaient pour vocation de rejoindre l’Organisation à terme[9].

En réaction, en août 2008, la Russie intervint militairement en Géorgie et lui arracha officiellement les régions de facto déjà indépendantes : l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. Plus tard, en 2013-2014, la guerre civile ukrainienne consécutive aux événements entourant le traité d’association entre l’Ukraine et l’Union européenne, engendra l’annexion de la Crimée par la Russie et la sécession des Oblasts de Lougansk et de Donetsk, soutenus par Moscou.

La quête d’accès aux « mers chaudes » pour se désenclaver

L’annexion de la Crimée en 2014 n’avait pas pour seul objectif de maintenir l’Ukraine hors de l’OTAN et de l’Union européenne. Cette annexion permettait également à la Russie de conserver l’importante base navale de Sébastopol, qui donne accès à la mer Noire, qui débouche, elle-même, sur la mer Méditerranée, une mer dépourvue de glaces même en hiver. Cet événement s’inscrit dans une stratégie géopolitique datant de la fin du XVII° siècle.

Ainsi, parallèlement à la constitution d’un glacis territorial protecteur, dès le règne de Pierre le Grand (1682-1725), la Russie commença à mener des stratégies en vue d’obtenir un accès aux « mers chaudes », comme les mers Noire et Méditerranée, l’océan indien ou le golfe Persique, par exemple. « Vieux rêve impérial[10] », la Russie cherche encore cet accès aux « mers chaudes » en vue d’avoir accès au commerce maritime international et de pouvoir projeter sa puissance navale[11].

Source : Wikipedia.
Concrètement, cette politique expansionniste incita la Russie à intervenir directement ou indirectement à plusieurs reprises dans le Rimland, notamment en Perse[12], en Afghanistan et dans le Turkestan oriental[13] où les Russes entrèrent en contact avec les Britanniques poussant leur influence vers le Nord[14]. Poursuivant la logique, Moscou se revendiquant comme étant la « Troisième Rome »[15], l’Empire russe utilisa régulièrement le prétexte de la défense des chrétiens orthodoxes pour intervenir dans les Balkans et en Méditerranée orientale dans l’optique d’obtenir des concessions de la part de l’Empire ottoman en vue d’avoir accès aux « mers chaudes ».

Plus proche de nous, on la retrouve notamment dans l’actualité au Proche-Orient. Afin de maintenir sa présence en Méditerranée orientale, la Russie soutient, depuis l’implosion soviétique, le régime baasiste en Syrie, où elle dispose de sa seule base militaire hors de l’espace post-soviétique tandis que, dans l’optique d’accéder plus aisément à l’océan Indien, Moscou poursuit son rapprochement avec l’Iran. Dans ce contexte, l’engagement russe dans la lutte contre les combattants de l’État islamique prend tout son sens[16].

Conclusion

Pour conclure, il est intéressant de constater que, encore de nos jours, la Russie se sent menacée et encerclée, notamment par l’OTAN qui est présente en Europe, en Afghanistan et en Amérique du Nord. Pour cette raison, dans l’optique de maintenir ses centres névralgiques à l’écart de toute menace, la Russie tente de maintenir sa présence et son influence dans son « Étranger proche ». A défaut d’un glacis territorial protecteur, mieux vaut, selon Moscou, une sphère d’influence ou le maintien d’États-tampons.

Source : Sputnik.
A cette fin, le Kremlin dispose de plusieurs atouts. Son influence culturelle, politique, militaire, diplomatique et économique sont autant de carte que la Russie peut abattre pour empêcher un État post-soviétique de trop se rapprocher de l’OTAN ou des États-Unis. Dans les cas les plus extrêmes, Moscou n’hésitera pas à abattre sa carte énergétique en coupant les livraisons de gaz (comme ce fut le cas pour l’Ukraine) ou en intervenant dans les nombreux conflits séparatistes présents dans l’espace post-soviétique (en Moldavie, en Géorgie, en Azerbaïdjan et en Ukraine).

Enfin, cette volonté de conserver son influence au sein l’ancienne Union soviétique fait partie d’une politique visant à restaurer la Russie en tant que superpuissance capable de rivaliser militairement et stratégiquement avec les États-Unis. Par ailleurs, c’est dans ce cadre que la Russie a lancé un ambitieux plan de modernisation des forces armées russes[17] dont on a pu voir pour partie les progrès lors du défilé militaire du Jour de la Victoire ce 9 mai dernier, célébrant la fin de la Grande Guerre patriotique contre l’Allemagne nazie…

Notes et références en bas de page :
[1] Les Tartares incluent donc des populations mongoles et turques auxquelles on ajoute les populations toungouses. 
[2] CORDIER Henri, « L’invasion mongole au Moyen-Âge et ses conséquences », Institut de France, [en ligne], 1914, [http://14-18.institut-de-france.fr/1914-discours-henri-cordier.php], (consulté le 23/12/16). 
[3] PEYNICHOU Céline, « Russie-Chine : l’histoire sous le joug mongol », Asialyst, [en ligne], 2016, [https://asialyst.com/fr/2016/06/29/russie-chine-l-histoire-sous-le-joug-mongol/], (consulté le 23/12/16). 
[4] MIGAULT Philippe, « Géopolitique de la Russie : Facteurs de puissance et de vulnérabilité », Observatoire stratégique et économique de l’espace post-soviétique, 2015, p2. 
[5] Comme le démontreront encore les invasions françaises (Napoléon) et allemandes (Guillaume II et Hitler). 
[6] MENDRAS Marie, Russie, l'envers du pouvoir, Paris: Éditions Odile Jacob, 2008, p21. 
[7] MIGAULT Philippe, op.cit., p2. 
[8] « Étranger proche et CEI », Géoconfluences, [en ligne], 2007, [http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/etranger-proche-et-cei], (consulté le 22/12/16). 
[9] « Déclaration du Sommet de Bucarest », Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, [en ligne], 2008, [http://www.nato.int/docu/pr/2008/p08-049f.html], (consulté le 22/12/16). 
[10] NABLI Béligh, « Le « retour » de la puissance russe en Méditerranée », Institut de Relations Internationales et Stratégiques, [en ligne], 2015, [http://www.iris-france.org/65829-le-retour-de-la-puissance-russe-en-mediterranee/], (consulté le 22/12/16). 
[11] Ibidem. 
[12] Ancien nom de l'Iran. 
[13] Ancien nom du Xinjiang, région autonome de la Chine. 
[14] Voir le concept du « Grand Jeu » qui opposa en Asie centrale l’Empire russe à l’Empire britannique au XIX° siècle. 
[15] Suite à la chute de Constantinople (la « Nouvelle Rome ») en 1453 aux mains des Turcs ottomans. 
[16] NABLI Béligh, op.cit. 
[17] Ce plan de modernisation fera l'objet d'un ou plusieurs prochains articles.